Episode précédent : Mon stage chez les para, partie 4

La nuit de jeudi à vendredi fut probablement une des plus longues de ma relativement courte vie. Je me souviens de ces moments comme si je les avais vécus il y a quelques heures seulement. Pourtant, cela fait maintenant près de quatre ans.

Le stress avait atteint son sommet dans le courant de la journée.

Les derniers cours avaient été dispensés. Nos instructeurs nous avaient prodigués quelques derniers conseils et avaient corrigés une dernière fois notre technique de chute.

Fin d’après-midi, ma mère m’avait appelé. C’est fou comme j’avais besoin de l’entendre. Sur le moment, j’étais tellement terrorisé par ce qui allait se passer que j’aurais donné n’importe quoi pour qu’elle me dise “je suis garée devant le camp, on rentre à la maison”.

Bien évidemment, comme toujours dans ces cas là, il y a une marge énorme entre ce qu’on voudrait entendre et ce que l’on entend vraiment.

Ce sont les mots de mon grand-père qui m’avaient le plus marqué. Il était fier de moi, ça lui rappelait sa propre jeunesse.

L’air était sec, et j’avais du mal à respirer. Assis sur une bordure, le téléphone à l’oreille, j’avais un sanglot gros comme un ballon de football coincé dans l’œsophage.

En regardant autour de moi, je voyais les autres. Ils n’en menaient pas plus large. Eux aussi, l’oreille collée au téléphone, faisant les cent pas sur le paradground.

Plus tard, nous sommes partis nous coucher. L’ambiance était loin d’être aussi festive que les jours précédents. Une atmosphère lourde et silencieuse s’emparait des dortoirs. L’épuisement était palpable et pourtant, personne ne dormait. Mon estomac faisait sans cesse des petits bons, accompagné d’une douleur quasi permanente.

Quand tout à coup, des cris se firent entendre dans le couloir. On entendait galoper de l’autre côté de la porte, puis rire, puis de nouveau un cris presque sauvage. Puis plus rien, excepté le silence.

Quelques minutes plus tard, la porte de la chambrée s’ouvrit, la lumière s’alluma et quelqu’un cria :

– Z’avez deux minutes pour être en tenue, au garde-à-vous sur le paraground!

Alors on s’est grouillé. Aveuglé et abasourdi par la lumière, la fatigue et le stress, j’arrivai quand même à me demander ce qui avait bien pu se passer.

Quelques minutes plus tard, une quarantaine de jeunes étaient fixes, droits, devant un sergent fou de rage.

Ça gueulait dans tout les sens, et il me fallut un certain temps pour comprendre que deux illuminés avaient trouvé intelligent de faire les zouaves dans les couloirs.

Le sergent nous regardait l’un après l’autre, droit dans les yeux, tout en continuant de gueuler, exigeant que le ou les coupables se dénoncent. Évidemment, personne n’a bougé.

Au bout de quelques minutes, tout le monde avait bien compris de qui il s’agissait, mais personne n’a jamais rien dit. Hors de lui, le sergent est parti chercher le major du camp, qui a pris le relais.

Ce dernier était bien plus mielleux. On aurait dit le mauvais stéréotype du bon et du méchant flic.

Toujours est-il que nous sommes restés là, alternant entre garde-à-vous et séries de pompes pour nous faire craquer. Ce petit manège, régulièrement interrompu par des tentatives infructueuses pour nous faire cracher le morceau, dura plusieurs heures. Intérieurement, je maudissais les deux idiots de me priver de mes dernières heures de repos avant le grand saut, mais nous étions liés, frères de galères, alors je restai silencieux, tout comme les autres.

Finalement, le major, fatigué, déclara que l’on pouvait regagner nos chambres, mais que si le ou les coupables ne se dénonçaient pas, personne ne sauterait le lendemain.

(à suivre…)

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