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Résumé des épisodes précédents

A six ans, je regardais le défilé militaire du 21 juillet retransmis à la télévision avec mon grand-père. Tout émerveillé que j’étais, ce dernier me promet de m’offrir mon brevet para dès que j’aurais l’âge minimum requis.

A 17 ans, je reçois une brochure de l’armée belge renseignant l’ensemble des stages proposé aux jeunes, se rappelant de sa promesses faite dix ans plus tôt, mon grand-père signe la demande de candidature à mon nom.

Quelques semaines plus tard, je suis à Schaffen-Diest, au camp d’entraînement para-commando de Belgique, où je passe les tests d’aptitudes physiques.

Encore quelques semaines plus tard, je me trouve en formation. Les tests réussis, rien ne s’oppose à ce que je saute. Je passe une semaine extraordinaire, entourée de gens fabuleux, à apprendre à maîtriser un parachute.

Et là, je suis à deux doigts de mourir.

Vous vous souvenez, quand vous étiez petit et que, alors que l’heure du dodo était arrivée, maman fermait gentillement la porte en vous souhaitant bonne nuit?

Vous vous souvenez ces angoisses lourdes qui pesaient parfois, lorsque l’on se rendait compte que papa et maman n’étaient pas éternels et que, peut-être, un jour, ils partiraient?

C’est exactement cette angoisse qui s’empare de vous lorsque vous êtes à deux doigts de faire une connerie. Mortelle, la connerie.

Nous allions donc sauter en parachute, à 1000 pieds. La nasselle comportait 6 places : une pour l’instructeur, 5 pour les sauteurs. J’étais le premier sauteur du second groupe. Assis dans l’herbe, je regardais mes compagnons se préparer. De l’extérieur, ça semble si facile : se mettre en file indienne devant le ballon, faire vérifier une ultime fois son parachute, rentrer dans la nasselle et s’harnacher au câble de sécurité. Attendre. Le ballon monte. On attend toujours. Le ballon stoppe. Une minute passe, puis deux. Un petit point noir tombe, puis son parachute s’ouvre. A mi-chemin, un deuxième point noir le suit. Et ainsi de suite. Facile!

Le ballon redescendu, c’est à notre tour. Comme je vais sauter le premier, je rentre le dernier. Je me met donc en queue de file. L’instructeur sort de la nasselle, se met sur le coté, nous avançons. Un à un, nous rentrons dans le panier, attachant la dégaine au câblage métallique. Tout le monde à bord, on décolle.

Vous allez sauter en parachute, à une altitude de mille pieds. Une fois le ballon arrêté, le premier sauteur …

Tiens, on parle de moi

… le premier sauteur rentrera dans la porte, pied avant légèrement sorti, mentons rentré, mains à l’extérieur du ballon.

C’est dingue, je vais crever. Plus on montait, plus il faisait jour. Au sol, on distingue à peine les copains assis dans le noir, et d’ici, on voit le soleil. J’aurais jamais du m’inscrire.

A mon signal vous ferez un grand pas en avant, vos mains viendront se coller au réserve et vous compterez : trois-cent trente-et-un, trois-cent trente-deux, trois-cent trente-trois.

Bordel, ça caille en plus… Oh… On est déjà assez haut là non? Pouvez pas arrêter la machine?

Vous avez sauté. Coup d’oeil circulaire pour s’assurer qu’il n’y à aucun obstacle à votre vol. Coup d’oeil au sol pour déterminer votre dérive, vous profitez du vol.

Non mais sérieux, j’veux pas m’foutre en l’air moi! J’ai seulement 17 ans, j’ai encore plein de trucs à vivre et ce nain moustachu veut que je me déglingue?

A 30 mètres du sol, vous déterminer à nouveau votre dérive et vous freinez. Dérive avant : tirez sur les suspentes arrière; dérive arrière, tirez sur les suspentes avant…

Oh bordel de bordel de bordel, j’veux pas crever moi!

… dérive à gauche, tirez sur les suspentes de droite …

Mais putain, on est beaucoup trop haut, j’veux pas sauter, j’veux pas sauter…

… dérive à droite, tirez sur les suspentes de gauche …

Bon… OK… on se calme… Il suffit de ne pas sauter, de toute façon, personne ne peut m’y forcer. J’attends sagement dans mon coin que les autres sautent, puis je redescends avec le ballon…

A cinq mètres, vous vous mettez en position d’atterrissage…

Mais non! Je ne suis pas venu ici pour rien, il faut que je saute, il le faut, j’en rêve depuis trop longtemps…

… vous vous recroquevillez sur vous-même…

Hein? Mais j’hallucine là… le moustachu m’explique une dernière fois comment pas crever et moi j’écoute même pas!

… position des pieds …

Bon alors réfléchis… euh… menton serré, mains à l’extérieure… euh… grand pas, compter. C’est bon ça…. Ensuite heu…

Félicitation, vous êtes atterris, et en vie!

Hein, mais non, je suis pas prêt! Vous pouvez reprendre après le comptage?

Le ballon s’arrête.

Plus rien.

Excepté l’air qui bourdonne dans les oreilles. Le coeur qui bourdonne dans la poitrine. Le café qui bourdonne dans l’estomac. La seule idée qui vient en tête, à ce moment précis, c’est : putain, c’est beau.

On entendait plus rien, juste le bourdonnement puissant du vent dans les oreilles. J’ai fais un pas en avant, j’ai regardé mon instructeur dans le blanc de l’oeil, j’ai fais un quart de tour à droite, puis encore un pas. De part et d’autre de mes mains, un panier en osier. Sous moi : 330 mètres de vide. La tête bien enfoncée dans la poitrine, les genoux souples. Un léger coup sur mon épaule. Ma jambe gauche part vers l’avant, la droite s’assouplis, puis se tend. Mes mains viennent se poser sur mon parachute ventral.

Je hurle :

Troicentrentéuntroicentrentdeutroicentrentrois.

Coup d’oeil vers le haut : le parachute est ouvert. Coup d’oeil circulaire : tout est en ordre.

Ce qui a suivit est indescriptible. Le vol en parachute est vraiment une chose formidable, on se sent planer, au sens littéral du terme. On est léger, on flotte dans les airs, et le temps n’a plus la même valeur. La vue est imprenable, les sensations différentes.

Coup de mégaphone au sol :

Numéro un, trente mètres!

Merde, faut s’activer. Je ralenti le parachute au maximum, je me recroqueville. Alors que la chute s’était passé très doucement, à l’approche du sol, on a l’impression que c’est lui qui se rapproche avec une accélération vertigineuse. On se fait littéralement giffler par la Terre. Ca cahute dans tout les sens, je pars à gauche, à droite, puis plus rien.

Au sol. Je suis au sol! J’ai réussi! Je sors de ma toile juste à temps pour voir Chris, mon compagnon depuis le début du stage, s’écraser comme une merde à dix mètres de moi.

Et à nouveau ce silence. Pourtant, ça s’active autour de nous. A quelque mètre de là, un instructeur hurle dans son mégaphone pour ceux qui sont encore là-haut. Plus loin, les autres para-junior qui trouillent à l’idée qu’ils sont les suivants. Et pourtant, je n’entend rien.

Aie…

Ca bouge sous la toile de Chris.

Céd? On est au paradis?
Non… on est en vie vieux

Il sort la tête, me souris :
Putain, on l’a fait!

L’adrénaline est un euphorisant puissant. Il nous a fallu plusieurs heures pour nous remettre de nos émotions. Dans la même journée, nous avons effectué un deuxième saut, puis nous sommes rentré en week-end. Ce n’est que dans le train qui me ramenait chez moi, au soir, que j’ai vraiment réalisé ce que je venais de faire et d’en mesurer les risques, mais aussi les conséquences positives.

Le lundi soir, nous sommes tous revenu au camp, mais ce n’était plus vraiment la même chose. Mardi matin, nous avons fait nos deux derniers sauts, et dans l’après-midi, nous avons eu droit à une cérémonie en grande pompe, avec remise de diplôme, félicitation de l’armée, et tout ce qui s’en suit.

Puis nous sommes tous repartis vivre nos vies… mais plus tout à fait comme avant.

Si j’ai voulu vous raconter tout ça au cours de ces sept épisodes, c’est parce que ce fut un moment important de ma vie. Je ne sais pas ce que je serais devenu si je n’y avait pas été, mais je sais par contre que je dois beaucoup à cette petite dizaine de jours à l’armée.

Je suis sorti véritablement grandi de cette expérience. J’ai appris que je pouvais réaliser mes rêves si j’y croyais et si je faisais tout pour qu’ils se réalisent. J’ai appris l’esprit d’équipe, l’unité d’un groupe est sa force. J’ai appris aussi à voir les choses différemment. Même si mon expérience n’est pas vraiment ce qu’on appelle une expérience de mort immédiate, de laquelle les gens sortent complètement transformé, j’ai véritablement cru que j’allais crever, et j’en ai tiré quelques conclusions intéressantes…

One thought on “Mon stage chez les para, fin

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